Nos Danses

Danser avec L'Eglantino do Lemouzi !

Nos aïeuls, dans notre Limousin profond, se divertissaient en s'inspirant de la vie coutumière et de leur environnement. A partir d'observations, ces artistes et paysans, méconnus, composaient, poèmes, chants, danses et autres récits... Les thèmes, transmis oralement, rappelaient les travaux de la ferme ou des champs, les volailles de la basse-cour, le bétail à l'étable ou en pâture, etc., mais aussi évoquaient dame nature, les oiseaux, les animaux sauvages... et autres éléments, la terre, l'eau, le ciel, le feu..., tout simplement la vie. Et lorsqu'ils rendaient visite à leur maître, ils rapportaient les gestes et les manières des aristos de la société au château ou de la cour, et les parodiaient de manière à s'en moquer...

L’Églantino do Lemouzi en particulier et bien d'autres groupes limousins pratiquent ces danses dites "d'imitation" évoquant :

- Les oiseaux : Lo pépue (la huppe), l'ajasse (la pie), le bal d'Abzac (la poule et les coqs)...

- Les animaux : La chèvre brune, le pas du loup, le renard et le lièvre...

- Les paysans : la guimbarde (danse des bâtons), la sabotée (décrottage des sabots), le pélélé (lui soulève la bergère, cette danse a peut être une origine espagnole au regard du célèbre tableau de Goya et la dernière des "goyescas" d'Enrique Granados. )...

- Les aristos : Le manuguet (salut et courbettes  à la cour "menuet"), le bal vieux, la varsovienne, le vieux quadrille...

Sur le parvis d'église

Les danses traditionnelles

Les airs et les musiques populaires accompagnent souvent la danse traditionnelle... Les rythmes rapides des polkas ou des valses emportent les danseurs dans des tourbillons, les sautillements des mazurkas ou des scottishs font tourner gracieusement les couples...

Les rondes sont très certainement les danses les plus anciennes de la tradition populaire, ouvertes ou fermées, on retrouve de nombreuses particularités spécifiques à chaque région...

En couple ou par quatre ou plus, les bourrées sont pratiquées, particulièrement en Auvergne, en Berry et en Limousin, de même que la gigue est dansée partout en France.

Les rythmes

Les danses traditionnelles s'appuient souvent sur des rythmes ternaires (3 temps), mais aussi binaires (2 temps), parfois usités pour les marches jouées en ouverture ou à l'occasion de noces, cortège par exemple... L’Églantino do Lemouzi quant à lui exécute la majeure partie de son répertoire musical et de ses danses sur des rythmes à trois temps...

Les polkas, mazurkas, scottishs, valses ne sont pas spécifiques au répertoire traditionnel... Dans l'ensemble les morceaux s'adossent sur des rythmes simples et marqués. Des mesures plus subtiles existent et soutiennent des danses plus élaborées...

Les pas - La gestuelle

Les temps sont souvent marqués par le ou les danseurs, pour cela ils font claquer leurs sabots, galoches ou souliers, sur les planchers en bois ou sur les places pavées de pierres et aujourd'hui sur le bitume...

Si les enchainements de pas sont simples, pas chassés des polkas et une succession de pas pour les valses, ils sont souvent assortis de  sauts ou sursauts marquant les temps forts, appuis pour la bourrée, sauts de jambes pour la gigue, sursauts pour les rondes, sautillements pour la scottish, piqués pour la polka... 

La gestuelle : outre les sauts, les postures du corps soulignent les rythmes, mouvements chaloupés du buste des danseurs lors de rondes, ou déplacements des bras qui sont une caractéristique de la bourrée (cf.suite)...

Pour les danses en couple, les mouvements de la cavalière sont plus discrets que ceux du garçon. Lui marque plus les postures, pour exprimer sa force et mais aussi sa propre sensibilité...

La Bourrée la position de base

Lors des répétitions le maître de danse de l’Églantino rappelle chaque fois la position de base; le danseur de bourrée se tient le buste très droit, pieds à plat, fléchi légèrement sur les genoux et les cuisses, de telle sorte que seuls les mollets, les chevilles et les pieds participent de manière visible à l'exécution du pas.

Les bras ont un rôle important, par un mouvement ternaire de balancier, poings fermés, les avant-bras s'écartent et se rapprochent du visage, les coudes restant au milieu de la ligne des épaules.

Le cavalier et la cavalière durant la danse gardent leur regard fixé l'un vers l'autre...

Le pas s'inscrit dans le mouvement ternaire décrit ci-après...

Le pas de bourrée

La bourrée dansée à l’Églantino do Lemouzi et en Limousin est sur un rythme à trois temps. Étant une danse du Massif Central, il est à noter de ne pas sautiller. Même si la danse est légère d'apparence, elle s'exécute en faisant corps avec la terre "nourricière".

Si vous êtes un néophyte, pour apprendre le pas de base, commencez par marcher normalement, à plusieurs faites à la queue leu leu en ronde, afin de faire l’exercice sans s’arrêter. Puis marquez nettement un pas sur trois "gauche, droit, gauche - droit, gauche, droit..." Accélérez progressivement, jusqu'à obtenir un effet, d'un pas marqué, suivi de deux pas glissés... ""tam - tchi - tchi - tam - tchi - tchi..."". Sur "tam" le pied est posé en entier, bien dans le sol... pour les "tchi", seule la plante avant touche le sol...

" Vous n'y arrivez pas ? " Ne désespérez pas : " venez apprendre avec l’Églantino do Lemouzi !" (RDV Maison de la Musique à Limoges les mardis et vendredis de 20h45 à 22h30)

Des histoires de Bourrées

Il se dit, que l'on trouverait la bourrée sous des formes très voisines dans tout le Massif Central. C'est une danse en couple, alerte et rythmée  avec des figures élégantes. En 1930, Joseph Canteloube en publie une étude dans la revue l'Auvergne Littéraire, artistique et historique. Pour l'auteur, il y a deux sortes de bourrées, de deux région différentes : En Haute-Auvergne (Cantal) et en Limousin, c'est une danse à trois temps (ternaire), avec une variante minoritaire à deux temps (binaire) appelée "Montagnarde". Et en Basse-Auvergne (Puy de Dôme) avec son prolongement vers le Berry Bourbonnais, où la bourrée est prioritairement à deux temps, avec une variante minoritaire à trois temps, appelée elle aussi "Montagnarde".

Ce serait "Marguerite de Valois" qui aurait introduit la bourrée binaire à la cour de France, lors de son retour d'exil en Auvergne, en 1565. Elle restera à la mode jusqu'au règne de Louis XIII. Après son passage à la cour de France, la bourrée binaire se retrouve, à partir de 1650, dans des suites instrumentales, faisant ainsi son entrée dans la musique classique.

Dans le Limousin, la bourrée est exécutée sur une musique à trois temps avec un pas très voisin de celui de la valse. On la danse avec les bras levés à la hauteur du visage. Le rythme donné par la musique est ponctué par le balancement des bras et les talons des danseurs.

Dans la majorité des bourrées, les phrases musicales qui lui servent de support se divisent en deux périodes de 6 à 8 mesures, elles-mêmes divisées en deux demi-périodes. Il y a en général une figure par période. Il y a presque autant de figures que de bourrées, mais on peut les classer en trois groupes : en couple, en quadrette, en ronde...

En couples, les deux danseurs s'éloignent et se rapprochent l'un de l'autre, ou bien tournent l'un autour de l'autre, suivant les demi-périodes musicales. En quadrette, les deux couples sont placés suivant les sommets d'un carré. Les mouvements sont essentiellement des changements de place à l'intérieur de ce carré soit en suivant les diagonales ou les côtés et en revenant à sa place à la fin de la période musicale, soit en allant d'un sommet du carré à l'autre par un mouvement de ronde ou de valse. En ronde, essentiellement avec des échanges entre cavaliers et cavalières de différents couples avec parfois des phases de valse…    

Sources /travaux et recherches de J@MGN        

L'autre histoire de la Bourrée

Une idée reçue : d'après Yves Guilcher, la danse populaire originaire d’Auvergne introduite à la cour de France par Marguerite de Valois.

- Marguerite n’en souffle pas un mot dans ses mémoires alors qu’elle y parle de danses et évoque les répertoires de provinces.

- Aucun document n’établit, de manière certaine, que l’Auvergne danse la bourrée au XIVème siècle.

Si la bourrée avait été dansée au XVIème siècle au point de figurer dans le programme d’un bal au Louvre, cette danse aurait été mentionnée dans l’Orchesographie de Thoinot Arbeau, en 1588, ce qui n’est pas le cas. Ce dernier est le pseudonyme du chanoine de Langres Jehan Tabourot, âgé de 70 ans, il est témoin oculaire de la fin et de la seconde moitié du siècle, et il ne dit mot et n’écrit rien de la bourrée…

 

Les premiers documents que nous ayons sur la bourrée n’apparaissent qu’au XVIème siècle. Il s’agit là de mélodies à 2 temps.

Le terme de bourrée apparaît pour la 1ère fois dans le journal d’Heroad, médecin du jeune Louis XIII, en 1605, donc au XVIIème siècle et à la cour. L’auteur nous informe que le futur Roi y danse « une vieille bourrée » ce qui pourrait laisser penser que la danse concernée ne soit pas nouvelle. Mais nous n’avons pas les moyens d’apprécier le rapport de la danse à son appellation.

Une « vieille bourrée » est notée de façon manuscrite au début du XVIII ème siècle.

En 1665, Fléchier dans ses mémoires sur les « Grands jours d’Auvergne » mentionne le succès de cette danse dans la société Clermontoise. On peut donc dire, que l’Auvergne possède alors des formes de bourrées.

En 1676, c’est à Vichy et à Langhard en Bourbonnais que Madame de Sévigné la voit danser par des jeunes paysans de la contrée, de même que des « damoiselles » et autres représentants de la bonne société. Elle en parle dans plusieurs lettres à sa fille Madame de Grignan…

Aux XIX et XXème siècles, la bourrée est dansée dans les provinces du centre de la France, au sens large, avec un rayonnement à l’ouest jusqu’en Charente, au sud jusque dans les Pyrénées, mais aussi à Paris, colportée par les compagnons, les travailleurs et autres ressortissants des contrées, émigrés et installés à la capitale.

On distingue les bourrées à 2 temps et les bourrées à 3 temps également appelées « Montagnardes ».

Le rôle de  Paris est démontrable dans le renouvellement des figures de bourrées à 3 temps à la fin du XIXème et on ne peut pas exclure les influences venues d’Espagne.

Autre référence : dans l’album Auvergnat de J.B.Bouillet de 1853, on trouve 24 bourrées à 2/4 (à 2 temps), 21 montagnardes à 3/8 (à 3 temps) et 2 montagnardes à 6/8.

 Sources Sylviane BEIJEAUD & Jean Claude VALERY, 

 

Pour ce chapitre, danses traditionnelles et l'histoire de la bourée, les contributions sont de Sylviane BEIJEAUD et Jean Claude VALERY, Ménétriers - danseurs et moniteurs de danse au sein de la Fédération Folklorique Limousin Marche et de Jacques MAUGEIN, membre du groupe l’Églantino do Lemouzi.

Crédit photos : Jean Claude Lavoulte, Jacques Maugein, archives et album de l’Églantino do Lémouzi.